Reportage et article en hommage à Jean-Louis Murat
Extrait:
J’ai rencontré la musique de Murat dans les années 2000. Il venait de sortir le magnifique album Mustango qu’une amie m’avait gentiment offert. Coup de foudre immédiat. Tout était là, de la ritournelle enfantine au sommet épique, du folk aux expériences sonores audacieuses. Qui peut résister à un tel disque ? Chance incroyable d’assister à un concert du berger lors de la tournée qui a suivie, Muragostang. Dès lors et comme beaucoup je n’aurai de cesse d’attendre chaque année la sortie d’un nouvel album, car Murat est Auteur, comme son héros canadien Neil Young et tout comme Dylan, d’une œuvre prolifique avec une vingtaine d’albums studio, et tout comme ces derniers, sensible au paysage, aux bêtes et aux éléments naturels jusqu’à offrir une déclinaison à la française − ou à l’auvergnate – du country-blues-rock. Explorateur toujours en route d'un nombril plus grand que le Grand Canyon, Murat était un errant qui savait au moins où il ne voulait pas aller : sur les plateaux TV, et dans le cœur des petites ados. Parler de sa musique s’est évoqué de belles ballades alanguies, où des voix féminines déposant du miel sur des guitares parties au loin, dans des paysages profonds, véritables invitations à l'évasion ensoleillée, à la poésie dans la nature, tout en étant d'une introspection à l'intimité très agréable. Arrangements enflammés, textes écorchés, mélodie surgie de la poitrine du Massif Central : le Sancy crache un venin à la fois doux et violent, et transforme le cours ordinaire des choses en itinéraire vers le Soi.
Et c'est ce venin qui colle les morceaux entre eux...
Au fil des années le personnage m’intriguait, tout comme les montagnes et vallées qui l’abritaient. Je tournais timidement autour du massif, effleurant un temps l’idée d’une rencontre, avouant que le personnage m’impressionnait beaucoup. J’ai commencé par lui écrire, une lettre vite remisée au fond d’un tiroir, ressortie quelques années plus tard. Une invitation à la réalisation d’un reportage, un face à face Murat, sa musique et la montagne. Invité dans un festival à Clermont, un ami à lui me glisse que ce projet pourrait l’intéressé, que je ne risque rien à passer chez lui, à Douharesse. Les années passant le personnage m’impressionne moins, et puis après tout, qu’est-ce que je risque.
Et puis arrive le 25 mai 2023...